Comprendre l'astrologie · 13 octobre 2026 · 8 min
Pourquoi Vénus semble reculer : la rétrogradation expliquée par l'astronomie
Par Lucie Vael
Astrologue pédagogue
Depuis le samedi 3 octobre à 9h10 et jusqu'au samedi 14 novembre à 1h20, Vénus recule dans le zodiaque : partie de 8,5° du Scorpion, elle s'arrêtera à 22,9° de la Balance. Elle ne fait pourtant pas demi-tour, pas plus qu'aucune autre planète. Ce recul est un effet de perspective, et celui de Vénus a ses règles à lui : il est le plus rare de tous, il fait passer la planète du soir au matin, et il dessine dans le ciel une figure d'une régularité étonnante. Voici la mécanique, puis l'endroit précis où elle s'arrête.
Vénus nous double par l'intérieur
Vénus tourne autour du Soleil plus près que nous et plus vite que nous : environ 35 km par seconde contre 30 pour la Terre, un tour en 224,7 jours contre 365. Régulièrement, elle nous rattrape et nous dépasse par la corde, comme un coureur au couloir intérieur.
Au moment du dépassement, elle se glisse entre la Terre et le Soleil. Les astronomes appellent cet alignement la conjonction inférieure. Vue d'ici, pendant les semaines qui l'entourent, Vénus défile devant le fond du ciel à contresens de sa marche habituelle : c'est la rétrogradation. Le principe est le même que pour la rétrogradation de Mercure, l'autre planète intérieure. Les chiffres, eux, n'ont rien à voir.
Cette année, la conjonction inférieure a lieu le samedi 24 octobre à 5h39, à 0,7° du Scorpion. Elle tombe presque exactement au milieu de l'épisode : 21 jours après la station rétrograde, 21 jours avant la station directe. Ce jour-là, Vénus sera à 0,27 unité astronomique de nous, soit 41 millions de kilomètres : aucune planète ne s'approche autant de la Terre. En janvier dernier, quand elle passait derrière le Soleil, elle en était à 256 millions.
Vu de la Terre, le dépassement se traduit par trois passages sur les mêmes degrés du zodiaque.
Les Murmures du Ciel
La planète la moins souvent rétrograde
Mercure rétrograde trois ou quatre fois par an. Vénus, une fois tous les dix-neuf mois. La raison tient à un écart de vitesse : Vénus ne va pas beaucoup plus vite que nous, il lui faut donc longtemps pour reprendre un tour d'avance. Ce délai, la période synodique, vaut 584 jours en moyenne. Entre deux conjonctions inférieures, le moteur d'éphémérides trouve de 580 à 588 jours.
Chaque épisode dure de 41 à 43 jours, pour un recul de 15,4° à 16,5°. Rapporté au cycle, cela fait 7 % du temps. Sur la période 2010-2042, le moteur trouve Vénus rétrograde 7,2 % du temps, contre 9,4 % pour Mars, 19 % pour Mercure et 44 % pour Pluton. De toutes les planètes, Vénus est celle qui recule le moins souvent. C'est une des raisons pour lesquelles les astrologues y prêtent autant d'attention.
D'étoile du soir à étoile du matin
Voilà ce que Vénus a en propre : sa rétrogradation la fait changer de côté du Soleil, donc de moment de la journée. Depuis sa conjonction supérieure du 6 janvier, elle brillait le soir, à l'ouest, après le coucher du Soleil. Elle s'en est écartée jusqu'à 45,9° le 15 août, puis s'en est rapprochée de plus en plus vite.
Vue de France, la sortie de scène a été précoce. Dès la première semaine d'octobre, Vénus se couchait en même temps que le Soleil à Paris, car elle passe cette fois nettement au sud de lui : 6,5° à la conjonction. C'est aussi pour cela qu'il n'y aura pas de transit devant le disque solaire. Le prochain est calculé pour décembre 2117.
Elle reparaîtra de l'autre côté, à l'aube. À Paris, elle se lèvera 35 minutes avant le Soleil le 30 octobre, une heure avant le 2 novembre, deux heures et demie avant le 14 novembre, pour atteindre 47° d'écart le 3 janvier 2027. Les Grecs anciens avaient donné deux noms à ces deux apparitions, Hespéros le soir et Phosphoros le matin, avant d'admettre qu'il s'agissait du même astre. Entre les deux, Vénus nous présente surtout sa face nocturne : un croissant éclairé à 13 % aux stations, à moins de 1 % à la conjonction.
Une étoile à cinq branches en huit ans
Reste le plus beau. Huit années terrestres font 2 922 jours. Cinq cycles synodiques de Vénus en font 2 920. Au bout de huit ans, Vénus et la Terre se retrouvent donc presque exactement dans la même disposition, après cinq conjonctions inférieures réparties autour du zodiaque :
- 26 octobre 2018, à 3,1° du Scorpion
- 3 juin 2020, à 13,6° des Gémeaux
- 9 janvier 2022, à 18,7° du Capricorne
- 13 août 2023, à 20,5° du Lion
- 23 mars 2025, à 2,7° du Bélier
Reliez ces cinq points dans l'ordre : vous obtenez une étoile à cinq branches. La sixième conjonction, celle du 24 octobre 2026, revient presque sur la première, à 0,7° du Scorpion.
Les cinq zones parcourues à reculons de 2018 à 2025, et celle de 2026 qui retombe sur celle de 2018.
Les Murmures du Ciel
Le « presque » se mesure. La rétrogradation de 2018 allait du 5 octobre au 16 novembre, de 10,8° du Scorpion à 25,2° de la Balance. Celle de 2026 va du 3 octobre au 14 novembre, de 8,5° du Scorpion à 22,9° de la Balance : deux jours plus tôt, 2,3° plus tôt. L'étoile tourne lentement sur elle-même. La suivante de cette famille, du 30 septembre au 11 novembre 2034, se décalera encore : de 6,1° du Scorpion à 20,5° de la Balance.
Les quatre autres branches suivent la même horloge. La précédente rétrogradation, du 2 mars au 13 avril 2025, allait de 10,8° du Bélier à 24,6° des Poissons. La prochaine aura lieu du 11 mai à la nuit du 22 au 23 juin 2028, en Gémeaux.
Où l'astronomie s'arrête
Tout ce qui précède se calcule et se vérifie : des dates, des angles, des distances. Rien, dans cette mécanique, n'agit sur nos vies amoureuses. Vénus ne ralentit pas, ne recule pas, et sa lumière ne change pas de nature en passant du soir au matin.
La lecture astrologique commence après, et elle est d'un autre ordre. Parce que la tradition associe Vénus aux liens, au goût et à ce que l'on estime, elle lit dans ce recul apparent un temps de relecture : revoir ce à quoi l'on tient plutôt que conclure. La régularité de l'étoile à cinq branches lui sert de repère : elle suggère de rapprocher cet automne de celui de 2018, quand Vénus repassait presque sur les mêmes degrés. C'est un langage symbolique, un « comme si » que l'on peut trouver utile ou non. Nous en donnons le détail daté dans notre article sur Vénus rétrograde en Scorpion et en Balance, et le portrait du placement dans Vénus en Scorpion.
Pour voir le phénomène de vos yeux, ouvrez la carte du ciel et revenez-y de semaine en semaine : le degré de Vénus diminue. Et pour savoir quelle zone de votre thème elle arpente entre 8,5° du Scorpion et 22,9° de la Balance, créez votre profil et votre carte du ciel.